Or donc, me voici, en ce début d’après-midi, rendu à mon atelier (je suis peintre) presque par habitude, hasard, d’inspiration néant, autant dire oisif. Sans doute trop préoccupé par l’imminence de la fin de la marée basse, moment
propice dans la journée à la pêche au bar... chacun ses
obsessions...
Obsédé assumé, je saisis ma gaule, et me dirige d’un pas guilleret et motivé vers mon lieu habituel, mon petit spot, l’endroit fatidique. Ma canne est montée, le leurre est prêt (un petit morceau de plastique souple qui ressemble à un lançon) et je fais mes petits lancer-ramener ; décérébration assurée.
Bon, dix minutes sous la flotte, rien ; pas grave...demain, peut-être. Je retourne à mon atelier ; Journée fichue ; Pas trop, tout compte fait. Je tortille un tableau déjà commencé, un ange qui pêche une langouste (normal), il avance bien ; trop vite, du coup je fais une pause.
Je regarde l’heure : cinq heures la marée n’est pas remontée, allez je me laisse tenter, deuxième pêche, cinq minutes maxi !
M’y voilà...
Un lancer, presque plus d’eau, faut pas accrocher...
Deuxième, à raser la roche, je traîne tout doucement, zut mon leurre est accroché, non ça bouge ! une attaque... cassé !
Ma ligne est cassée au niveau du buldo (le buldo, marque déposée, c’est un oeuf en plastique évidé qui se remplit d’eau et qui permet de lancer loin, un bouchon lourd en quelque sorte)
J’ai donc loupé un poisson, qui a mangé mon leurre, ledit leurre se trouvant encore attaché au buldo, deux mètres plus loin...
Je pense aux pêcheurs de baleines, qui pour suivre leurs prises, reliaient le harpon à un ou plusieurs tonneaux... Me voilà donc, ma ligne coupée, la canne inerte, en train de chercher du
regard un indice, mon hypothétique buldo dans le port de Saint-Goustan ; il pleut, c’est pas facile. Le voilà ! non.
Si, il avance de l’autre coté mon buldo avec son fretin au bout...
Il longe le bord du Loch... Bon je vais essayer de le rattraper en lançant un leurre de surface (machin en plastique dur, rempli d’hameçons qui simule un petit poisson chassé). Une espèce de casting pour Kusturica commence... Je cours avec ma canne, sous la pluie, dans la vase, faut pas tomber mais le poisson avance et n’attend pas... plouch plouch font mes chaussures, du bonheur.
Arrivé pas trop loin, je lance mon leurre, je le ramène doucement... Direction le buldo...qui plonge. Poisson d’avril.
Pas grave, motivé je suis, je continue, la berge est... escccarppéée !
La vase c’est bon pour la peau... Même pas mal. Du coup, j’ai perdu mon buldo... ha, il a changé de coté. Plus tranquille
l’autre berge sans doute. Bon plan, l’autre coté y’a pas de cailloux mais c’est en pente douce et la vase a l’air vachement, comment dire...soyeuse.
Même pas peur. Je remonte sur le pont, les touristes me regardent
éberlués,les pieds gras et luisants, l’ oeil hagard, le prédateur minable, l’autochtone dans toute sa splendeur, le regard rivé sur un bout de bidule brillant là-bas, loin dans la rivière du Loch...
Donc j’y va... en croisant, un couple de touristes qui me demande si on pêche du bar ici.
" de temps en temps "
J’ai repéré le machin flottant, il est loin, au milieu de la rivière ; pas facile pour lancer. faut donc s’approcher... les dix premier mètres vont bien, après ça fait ventouse ; j’avance avec des bottes toutes neuves en vase... Je mets un plomb "pendule" 40 grammes... je vise entre le buldo et le supposé
bar... beau lancer . le plomb va carrément de l’autre coté de la rivière... dommage qu’il ne soit plus attaché au fil...
Reprenons-nous et agissons avec méthode sang-froid... pendant que le loup n’y est pas... Avec un leurre de profondeur " storm ", celui qui fait 57 grammes... Je pourrais viser entre le buldo et le bar, et essayer d’attraper le fil...
Bref au bout d’une dizaine de lancers infructueux (trop courts) le poisson a pitié, il s’approche, tout doucement... arrivé à vingt mètres, il attend sagement. Et je finis par l’attraper ce buldo, et le poisson qui suit, sans trop de
bataille...
C’est un bar assez clair, d’un kilo.
Je le remercie de m’avoir pêché.
Les pathétiques prouesses d’un pêcheur de maladresses.